Capitaine Giorgio P. Sulser

Hommage au Tessinois Giorgio Sulser, marin, officier et capitaine suisse, ancien patron d'Acomarit et récit sur la carrière du Valaisan Jacques Bille

En août 1958, le chantier naval yougoslave « Brodogradiliste Split » terminait la construction d’un nouveau cargo pour la société « Suisse-Atlantique SA », à Lausanne, le m.s. CORVIGLIA, enregistré à Bâle, donc battant pavillon suisse. Le 25 août 1958, l’équipage composé de 13 suisses, 20 italiens et 1 hollandais, arrivait sur les lieux, la plupart des suisses en train à vapeur depuis Zagreb. Un bus nous attendait à la gare de Split et nous amena au chantier naval, ou nous fûmes dirigés par un officier italien qui attribuait les cabines du navire. Quelques jours plus tard, nous quittions Split, à vide - sans cargaison - pour la côte est des USA. Ci-dessous la liste de l’équipage, qui date de l’époque. Parmi les membres de nationalité suisse, les deux plus jeunes étaient Giorgio Sulser, Mousse, 20 ans et tessinois, et Jacques Bille, Messboy, 16 ans et valaisan. C’était la première fois que ces deux embarquaient sur un navire marchand. C’est la cabine des matelots devant le château à bâbord qui fut attribuée à Giorgio Sulser et à moi-même et c’est là que je le rencontrais pour la première fois. Une discussion s’ensuivi pour savoir qui allait occuper la couchette supérieure et celle du bas, finalement j’avais celle du haut. La douche et les toilettes étaient communs. Le travail du mousse consistait à entretenir le navire, repeindre, balayer les cales sous les ordres du bosco italien, et celui du messboy de mettre la table et de servir le repas aux matelots et motormen, de faire les couchettes et les cabines des officiers, de laver la vaisselle à la main……
Giorgio parlait français et nous avons cohabité dans cette petite cabine pendant six mois, Puis Giorgio débarqua pour suivre les cours d’une Ecole Navale à Camogli près de Gênes. Ce qui permis ma promotion au rang de « mousse » ou deckboy pour les 6 mois suivants. Pendant notre cohabitation, je remarquai que le dimanche, Giorgio se familiarisait avec la Loi fédérale sur la navigation maritime sous pavillon suisse. Ceci avait aussi été noté par le capitaine d’alors, Capt Jacques Voirol…..Le navire faisait une navette entre Newport News aux USA, chargeant du charbon pour Bremen ou Braque en Allemagne, puis après lavage des cinq cales, chargeait au Havre des voitures Peugeot / Citroen pour Boston et New York. Les traversées de l’Atlantique Nord en hiver, d’est en ouest, presque lège avec les voitures dans les cales et les double-ponts, furent difficiles, avec des tempêtes et même des dégâts structurels au navire. Les années suivantes, je n’ignorais pas que Giorgio Sulser naviguait sur plusieurs navires gérés par Suisse – Atlantique, dont une longue et dernière période comme 2e officier et 1e officier de pont sur le cargo CELERINA. Il quitta la société en octobre 1965, pour ensuite bifurquer dans le domaine bancaire à Lugano. Moi-même je quittai mon poste de 2e officier sur le ROMANDIE en mai 1966, pour obtenir une expérience à bord de pétroliers, ce que la marine suisse ne permettait pas. Finalement, de 1966 à 1974 je servis à bord de pétroliers gérés par une compagnie américaine, du rang de 3e officier de pont à Capitaine d’un pétrolier de 100'000 TDW. J’avais perdu de vue Giorgio SULSER et la marine suisse… En 1974, lors de vacances en Suisse, je reçu une lettre d’une Société ACOMARIT Services Maritimes, qui m’était inconnue et qui cherchait des officiers pour leurs pétroliers en gestion. Je décidai de me présenter dans leurs bureaux du Jeu de l’Arc, à Genève et après avoir été interviewé la personne voulut me faire rencontrer le directeur. Je la suivis donc et à ma surprise, derrière un grand bureau était assis…. Giorgio Sulser.
Quelques semaines plus tard, j’étais employé par Acomarit avec la fonction de Capitaine, et embarquai sur un vraquier en gestion. Jusqu’en 1978, je fonctionnais comme Capitaine à bord de plusieurs navires en gestion Acomarit, dont un pétrolier de 215'000 TDW. Pendant cette période j’étais souvent en contact avec Giorgio, qui me donnait des informations commerciales. Et lors de vacances je visitais leur bureau. Peut-être dû à notre harmonieuse cohabitation 16 ans plus tôt, Giorgio et moi avions une grande confiance mutuelle, qui ne s’est jamais démentie. J’appris plus tard, que la banque qui l’employait avait remarqué son expérience maritime et lui avait demandé de résoudre certains problèmes techniques à bord de navires financés par la banque, y compris comme Capitaine d’un Liberty-ship pendant quelques mois. En 1967, la banque lui avait demandé d’ouvrir un bureau de gestion maritime en Suisse, soit à Bâle ou à Genève. Ce qu’il fit et il débuta à Genève avec la gestion de navires aux pavillons divers dans lesquels la banque avait un intérêt. En 1974 lors de ma première visite, Acomarit Services Maritimes SA gérait 6 navires – dont 4 pétroliers - et employait une dizaine de personnes au bureau genevois. En 1978, en vue de la rapide expansion de leur gestion maritime, Giorgio me suggéra un poste dans leurs bureaux de Genève, en charge des équipages. Ce que je fis au mieux pendant 15 ans, ensuite je remplaçais l’Operation Manager, puis les dernières années le General Manager, toujours sous la direction de Giorgio Sulser. Fin 2004, à l’âge de 63 ans, je cessais mon activité maritime. Durant cette période de 26 années, Acomarit grandit et avait plus de 50 navires de tous types en gestion par le bureau de Genève: des vraquiers avec grues, des RoRos, des pétroliers, des chimiquiers et même trois des plus gros pétroliers à flot, les ULCCs RED SEAGULL, MARINE ATLANTIC, MARINE PACIFIC, chacun de 404'000 TDW et mû par des boilers et turbines à vapeur.
Giorgio avait aussi ouvert des succursales, Acomarit (UK) Ltd, Acomarit (Cyprus) Ltd, Acomarit (HonKong) Ltd pour en nommer trois, et un nombre de bureaux pour le recrutement et la formation des équipages. Le succès du bureau de Genève tenait bien sûr à sa direction, mais aussi à une équipe internationale très motivée et professionnelle. La plupart des employés étaient des ex Capitaines ou Chefs Mécaniciens et avaient déjà navigué. Chaque matin, nous avions un « daily meeting » et chaque problème sur les navires était discuté et une solution décidée. Giorgio assistait tous les jours à cette réunion et nous aidait dans nos décisions. Il était très au courant des problèmes techniques et ne s’en laissait pas conter. Il était aussi un grand travailleur dont la passion était la gestion de navires, il y consacrait tout son temps et nos conversations tournaient toujours autour des navires. Il était un patron plutôt sévère, mais toujours positif. Il ne parlait jamais de sa vie privée. En janvier 2001, les actionnaires d’Acomarit décidèrent de vendre la compagnie au plus grand gestionnaire de navires à l’époque, la société V.Ships avec siège à Monaco. Le bureau de Genève s’appela alors V.Ships Switzerland Ltd, mais l’activité et les navires en gestion restèrent dans les mêmes bureaux et avec le même personnel. Après environ cinq ans d’activité, V.Ships Monaco décida de fermer le bureau de Genève avec l’intention de gérer les navires depuis leur siège de Monaco. Ils invitèrent aussi la grande partie du personnel de Genève à continuer la même activité à Monaco, plusieurs d’entre eux acceptèrent l’offre et se déplacèrent à Monaco. Quant à Giorgio Sulser, il avait fondé en 1980 une société maritime suisse, basée à Fribourg, du nom de MASSOEL SA. A l’achat du premier navire suisse, le SARINE, la société confia la gestion technique et opérationnelle de ses navires à Acomarit Genève. Le premier navire avait 3'500 TDW, les suivants étaient toujours plus gros, les derniers ayant 50'000 TDW. L’année de mon départ à la retraite, Massoel comptait huit vraquiers avec grues, tous battant pavillon suisse, pour un TDW total de 240’500 tonnes. Suite à la fusion d’Acomarit avec V.Ships, Giorgio pris la décision d’ouvrir son propre bureau « Massoel » à Genève, ce qu’il fit et géra la flotte suisse depuis ce bureau avec quelques employés. Lors de mes passages à Genève j’allais toujours le saluer et c’est en été 2022 que j’ai eu le dernier plaisir de partager un dîner avec Giorgio et un ami commun. Malgré son âge il allait tous les jours au bureau de Massoel, même les weekends. Puis j’appris qu’il s’affaiblissait, étant atteint par une maladie non spécifiée. C’est avec une grande émotion que j’ai suivi la cérémonie du 3 avril 2023, qui l’accompagnait pour son dernier voyage. Je considère que de mousse à armateur, il y a un long chemin difficile, Giorgio avait de grandes qualités et en sa compagnie j’ai beaucoup appris de la vie en général. Et je lui serais toujours reconnaissant pour sa confiance.

Jacques Bille, Mai 2023

Capitaine Urs O. Honegger

Curriculum vitae du capitaine Urs O. Honegger

Urs Otto Honegger est né le 24 juin 1942 à Coire. Il est le premier fils de Sarah Ruth et Otto Honegger-Castelberg, son frère Thomas l'ayant suivi plus tard. A l'âge de 11 ans, il a perdu son père qui était greffier du conseil municipal de Coire. Début mars 1959, Urs, âgé de 16 ans, il a commencé sa formation de marin à l'école de Hambourg-Bremervörde. C'est tout à l'honneur de sa mère, veuve très tôt, de l'avoir laissé partir.

Toute sa carrière nautique s'est déroulée sur des navires étrangers, il n'a jamais navigué sur des bateaux suisses. Après avoir terminé son stage de formation de trois mois, il a embarqué en tant que matelot de pont en juin de la même année sur le cargo ERNST SCHRÖDER pour un grand voyage qui a duré jusqu'en août 1960. Il a ensuite navigué sur le navire sud-africain TABLE BAY de la South African Lines, une société liée à la Globus Reederei de Hambourg. D'autres navires allemands ont suivi, d'abord le pétrolier ELSA ESSBERGER de John T. Essberger, Hambourg, puis neuf autres cargos au long cours allemands, mais aussi des « Kümos » (caboteurs) en mer du Nord et Baltique (voir aussi la liste des navires d'Urs Honegger ci-jointe). Son dernier navire allemand était le BREMERSAND, mais il a également navigué pour la Unimar Hambourg (une agence de recrutement réputée à l'époque et une société de transport maritime et d'armement de longue tradition) sur le navire libérien IVORY TELLUS, qui appartenait au groupe Kühne & Nagel (depuis 1969 à Schindellegi, canton de Schwyz).
A la fin des années 60, il a navigué en tant que 2e et 1er officier sur les bateaux à vapeur LILAS et BIDAS (pavillon libérien) de la Owen Dempsey Lines Ltd. Londres dans le cadre de la navigation en Afrique de l'Ouest. Il a poursuivi sa formation à l'école maritime étatique de Cuxhaven et a obtenu son brevet de capitaine en 1971.
En 1970, Urs Honegger est passé sur les navires de la Anchor Handling & Supply, de la flotte offshore américaine, qui opéraient sous pavillon américain et panaméen dans différentes zones, comme le golfe Arabo-Persique, l'Afrique de l'Ouest (Nigeria et Angola), Brésil, l'Inde et Singapour.
A l'époque, les capitaines étrangers pouvaient également naviguer sur des navires battant pavillon américain tant qu'ils étaient en service dans un territoire d'outre-mer. Ces emplois étaient en partie proposés par la Seetrans  de Hamburg. Son dernier navire était le YOUSEF, pavillon iranien de Bouchehr, qui était basé à Kharg Island, un port iranien d'exportation de pétrole. Le capitaine y avait été de nouveau placé par la Seetrans de Hamburg. Urs Honegger a été capitaine de juillet à fin novembre 1984, alors que la première guerre du Golfe, également appelée guerre des pétroliers, y faisait rage. Il y a sauvé les survivants et récupéré les morts du pétrolier iranien SIVAND, qui avait été attaqué et incendié par des avions irakiens. Pour des raisons de santé, Urs espérait trouver un emploi à terre, idéalement à Hambourg, comme pilote ou dans l'administration d'une compagnie maritime. Au milieu des années 1980, de tels postes étaient rares et, en tant qu'étranger, il aurait dû résider en Allemagne pendant quelques années. Il a donc décidé de s'installer en Suisse ; à Volketswil, où il a monté une entreprise de transport autonome, effectuant de petits transports, notamment pour IBM et une grande boulangerie.

Après sa retraite, Urs a cultivé avec intensité son intérêt pour les navires et leurs particularités en constituant une vaste collection de maquettes de bateaux et en réalisant d'innombrables photographies impressionnantes avec son appareil photo en tant que « ship spotter », principalement à Hambourg et dans ses environs, mais aussi sur le Rhin à Bâle. Il a rassemblé ces images dans plus de 50 albums de photos grand format. En plus, il a parfois travaillé comme « train spotter » en Suisse et a photographié des locomotives historiques ainsi que des compositions de trains en action. Cette collection est très appréciée par ses nouveaux propriétaires.

Déjà tôt, il y a environ 20 ans, par l'intermédiaire de feu Hans R. Bachmann, Urs Honegger a également fait la connaissance de Markus Berger de Swiss-Ships et un échange actif de photos de bateaux et d'informations s'est développé, apportant ainsi un soutien autant précieux que formidable à notre site web www.swiss-ships.ch. Urs était un homme aimable ; il est resté célibataire. Bien qu'il ait vécu modestement et en retrait, il a profité de la vie en silence. Le 12 décembre 2022, le capitaine Urs Honegger est décédé dans sa 81e année après une grave maladie.
Nous remercions Madame Rosmarie Honegger-Lehmann, belle-sœur d'Urs Honegger, pour le curriculum vitae qu'elle a mis à notre disposition, documents que nous avons adaptés au monde maritime avec l'aide de la liste des bateaux.

SwissShips Avril 2023

 


Capitaine Alfred Gertsch

né le 17 décembre 1931 – décédé le 24 septembre 2016

Alfred Gertsch, l'ascension fulgurante d'un marin devenu capitaine de haute mer

Par Fridolin Weber-Wälti, Niederurnen

Je me souviens avec joie des années 50, lorsque notre voisin, habitant de Netstal, s'est présenté en uniforme de capitaine : il s'agissait d'Alfred Gertsch, qui avait grandi dans la Rütigasse et venait visiter son ancien professeur de collège, Alfred Zuberbühler. Alfred Gertsch était venu rendre visite à ses parents et racontait à chaque fois à son professeur, qu’il tenait en haute estime, ses dernières aventures en haute mer. Alfred Gertsch, né le 17 décembre 1931, a grandi dans la Rütigasse à Netstal et a également fréquenté les écoles locales. Son père, Alfred Gertsch senior, travaillait comme machiniste à la centrale de Löntsch de la NOK (Nordostschweizerische Kraftwerke AG). Après avoir terminé ses études secondaires à Netstal, le jeune Gertsch a réalisé son rêve d’enfant qu’il avait depuis l’âge de 15 ans : il s’est engagé auprès de la Compagnie maritime suisse à Bâle.




Comme la plupart des marins de l'époque, il a commencé sa carrière sur le navire-école LEVENTINA de la Schweizerische Reederei AG de Bâle, en tant que mousse de la promotion n° 16/1946, avant de devenir matelot sur la navigation rhénane. Un apprentissage de trois ans, aux côtés de 21 autres jeunes hommes, dans un cadre très strict ! La formation était très sportive : gymnastique, natation et aviron, mais aussi cours de langues et de cuisine. Ainsi, outre sa langue maternelle, l’allemand, Alfred Gertsch parlait également l’anglais et le néerlandais. Ce jeune homme de Netstal, enthousiaste et serviable, appréciait beaucoup la vie à bord des bateaux du Rhin. Amsterdam, Anvers et Rotterdam étaient ses destinations usuelles, mais il souhaitait découvrir le monde. Il s’est donc engagé auprès de la même compagnie maritime pour suivre une formation au sein de la flotte suisse de haute mer, où il a gravi tous les échelons de la hiérarchie maritime jusqu’au grade de capitaine !

Le 5 avril 1950, Alfred Gertsch s'engagea à bord du M/S CRISTALLINA (3’000 DWT = port en lourd en tonnes). Il dut recommencer tout en bas de l'échelle, en tant que « mousse ». Mais au bout d'un an, il fut promu matelot AB (Able Body, matelot certifié). Le travail à bord était dur, mais Alfred l’adorait. Même le changement de climat entre l’Europe et les destinations en Amérique du Sud ne le dérangeait pas. La diversité des expériences et la découverte de pays étrangers le récompensaient pleinement.

M/S BASILEA

Il a ensuite suivi une formation d’officier de marine à l’école de navigation maritime de Brême, qu’il a terminée avec succès en 1954. En tant que plus jeune officier de nationalité suisse et premier Suisse à avoir fréquenté cette école de Brême, il a ensuite navigué sur des navires suisses de haute mer en tant que troisième, deuxième et premier officier. Grâce à sa formation complémentaire à l’École de navigation maritime, il a obtenu, à l’âge de 25 ans seulement, son brevet de capitaine. Cinq ans plus tard, en 1962, le capitaine Alfred Gertsch prit les commandes du M/S BASILEA (9’570 DWT), un cargo de marchandises générales propulsé par un moteur diesel Sulzer à 6 cylindres de 4’200 CV. Avec ce navire, il assurait les liaisons entre Hambourg et l’Extrême-Orient, principalement la Chine. Blocage du canal de Suez : du 5 au 10 juin 1967 s'est déroulée la guerre des Six Jours entre Israël et les États arabes, soit l'Égypte, la Jordanie et la Syrie. À la suite de cette guerre, les travaux de maintenance du canal de Suez ont été interrompus, et le canal n’a été rouvert à la navigation internationale qu’en juin 1975, après avoir été débarrassé des vestiges de la guerre et des épaves. Pendant ces années, la route vers et depuis l’Extrême-Orient transitait par le cap de Bonne-Espérance.

« Le navire suisse “Basilea”, commandé par le capitaine Alfred Gertsch, de Netstal, a échappé à un danger au large de Suez »

L’annonce de presse selon laquelle une série de navires étaient bloqués dans le canal de Suez a donné l’occasion de revenir sur la question du danger auquel le navire suisse « Basilea » de la compagnie Alpina Reederei AG à Bâle a échappé le 15 juillet : Venant d’Extrême-Orient, le « Basilea » devait décharger à Suez une partie de sa cargaison destinée à Alexandrie, en raison du blocage du canal. Par un télégramme radio envoyé depuis le bord, le navire, qui avait atteint le canal de Suez, a signalé à la compagnie maritime : « Bombardement intense depuis Port Tewfik, impacts d'artillerie tout proches du navire, nous repartons et attendons ordres. » Les demandes de renseignements télégraphiques adressées tant par la compagnie maritime que par le capitaine à l’agent maritime de Suez, visant à savoir si ce port pouvait être abordé en toute sécurité pour le déchargement, sont restées sans réponse.

Les échanges de tirs d’artillerie se poursuivant, la compagnie maritime a ordonné au capitaine de mettre le cap sur Massawa, en Érythrée, le prochain port de chargement prévu pour le navire.

Le « Basilea », commandé par le capitaine Alfred Gertsch, de Netstal et dont l’équipage est presque entièrement composé de Suisses, a ainsi échappé à cette mésaventure, sans subir de dommages et est entre-temps arrivé à bon port à Massaua. »

Cette dépêche parue dans le Glarner Nachrichten du 26 juillet 1967 avait initialement profondément préoccupé la population de Netstal, laquelle s’est montrée soulagée que tout se soit bien terminé.
9'570 port en lourd en tonnes-navire de transport de marchandises diverses BASILEA

M/S ALPINA

Navire ALPINA de 14’744 tonnes, équipé d'un moteur de 7’800 PS

[Citation tirée de la cérémonie de remise des clés, le 20 octobre 1970, sur le pont du navire, balayé par le vent mais ensoleillé : question du directeur du chantier naval, l’ingénieur diplômé H. H. Bunte : «Voulez-vous prendre possession du navire Alpina ?» Réponse du Dr Schaller : « Je le prends en charge au nom de la société Alpina Reederei AG… » puis, s’adressant au capitaine Alfred Gertsch : « Je vous le remets ». Le Dr Schaller exhorte le capitaine à toujours garder à l’esprit qu’avec son équipage et ce navire, il doit porter le pavillon de son pays sur toutes les mers et dans toutes les directions de la rose des vents, et souhaite à ce tout nouveau navire battant pavillon suisse un voyage toujours heureux. Le capitaine Gertsch le remercie pour sa confiance.]

Le 19 août 1970 eut lieu la mise à l’eau du M/S ALPINA, un cargo de 14’744 TPL destiné au transport de marchandises générales, de conteneurs et de vrac. Le 20 octobre 1970, Alfred Gertsch prit le commandement de ce navire moderne, d’environ 140 m de long sur 21 m de large, livré par la Flensburger Schiffsbau-Gesellschaft à Flensburg, en Allemagne. Construit selon les dernières avancées techniques, il atteignait une vitesse de 16 nœuds (29,6 kilomètres/heure). Ce navire assurait les liaisons entre l'Europe du Nord et l'Amérique du Sud, notamment vers Rio de Janeiro, mais aussi entre Hambourg, Helsinki et Rotterdam et la côte ouest de l'Amérique centrale, des États-Unis et du Canada.

Voilà en bref le récit des voyages parfois mouvementés du capitaine Gertsch et de son équipage à bord de divers navires de la flotte marchande suisse, laquelle a été créée en 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale, pour assurer l'approvisionnement de notre pays.
Le capitaine Alfred Gertsch reste dans la mémoire de ses marins comme un supérieur juste, dévoué et toujours prêt à rendre service.

Sources : - Arthur Gertsch (son frère) - Sylvia Gertsch (sa fille) - Fondation Swiss-Ships, traduction PAR-2026.


Hans Tanner, armateur et fondateur de Swiss-Ships

 

Parcours maritime de Hans Tanner

- Apprentissage auprès de la SLM Winterthur en tant qu’outilleur (tout comme l’auteur de ces lignes, Hans-Peter Schwab), en 1962, alors que j’étais à la forge chez Sulzer, Hans a été affecté chez nous, c’est ainsi que je l’ai rencontré.

- Service à la machine chez Suisse-Atlantique, premier « bateau à vapeur », le m/s SILS

- CORVIGLIA (Japon – côte ouest de l'Amérique centrale)

- De début mai 1967 à fin octobre 1967, deux voyages à bord du SUNAMELIA

- LAVAUX

- CORVIGLIA

- GRISCHUNA

- École maritime de Southampton, septembre 1971 – 1972

- CASTASEGNA

- École maritime de Southampton, septembre 1974 - 1975

- GENERAL GUISAN (chef mécanicien, 1976-77)

- Après le GENERAL GUISAN, il a rejoint l’équipe de la compagnie de gestion et de courtage maritime Acomarit en 1977 en tant qu’inspecteur.

- - Ensuite, en 1980, il a travaillé chez SGM, Société de Gestion Maritime de Genève, en tant qu’inspecteur ; lorsque la SGM s’est réorganisée en 1982, il n’y avait plus de poste d’inspecteur, mais son chef, M. Delarzes, lui a régulièrement confié de petites missions.

- En 1982, Hans Tanner a fondé ABC MARITIME AG, sans avoir pour ainsi dire le premier sou. Hans vivait dans un petit studio du quartier de Malagnou, à Genève, avec un vieux téléscripteur posé à côté de son lit.

- Peu de temps après, vers 1983, il a pu emménager dans un appartement et s'installer dans un bureau à Nyon. Le bureau était un ancien appartement de trois pièces avec cuisine. Les locaux étaient situés juste derrière la gare, au 16, rue de la Morâche. Cet espace était suffisant pour les premières années, vu que nous n’étions que trois : Hans Tanner, Hans-Peter Schwab (qui travaillait alors encore en freelance) et Ursula Steinhoff, la « fée » du bureau.

- En novembre 1994, la grande percée a eu lieu : après des mois de négociations, Hans Tanner a pu acquérir, en centre-ville, un ancien bâtiment bancaire situé au no 1 de la rue Perdtemps, à cinq minutes de la gare de Nyon.

- À partir d’octobre 1994, les navires géorgiens de l’Anglo Georgian Shipping Co. de Londres ont également été confiés à ABC pour leur gestion ; peu de temps après, notre flotte comptait 24 navires de Géorgie, auxquels s’ajoutaient les navires offshore. Cette période faste n’a toutefois pas duré longtemps : au cours d’un week-end de février 1998, on nous a fait savoir que, dès la semaine suivante, nous n’aurions plus notre mot à dire et que les navires seraient désormais gérés depuis Chypre et la Grèce.

- C’est alors que Hans Tanner s’est révélé être un véritable patron. Le directeur financier voulait licencier tout le monde sur-le-champ, mais Hans a refusé : « Les employés restent. » Quelques mois plus tard, nous avions à nouveau d’autres navires et le personnel nécessaire pour les gérer était également là.

C’est sans doute cela qui fait la différence entre un simple manager et un véritable patron.

HPS, mai 2024, traduction PAR-2026